La société française en 1789

Un contexte difficile

Un règne difficile et décevant

Louis XVI n'a que 20 ans lorsqu'il succède à son grand-père. Il se retrouve face à une situation difficile :

Mais Louis XVI n'est pas l'homme de la situation. Malgré de bonnes intentions, cet homme doux et affectueux manque cruellement de courage pour soutenir les réformes de ses ministres et tenir tête aux privilégiés. Ses seules passions sont la chasse et la serrurerie. Il déclare un jour à Malesherbes : « Que vous êtes heureux ! Que ne puis-je aussi quitter ma place ! ». Très vite la dépensière et frivole Marie-Antoinette s'attire la haine du peuple. Rarement souveraine n'aura été autant détestée. Pour beaucoup elle est restée « l'Autrichienne ». Elle est en partie compromise par l'affaire du collier. Quant aux frères du roi, ils ne lui sont d'aucune aide :

L'affaire du collier

Ce scandale contribua à discréditer la reine aux yeux des Français. A l'origine, le cardinal de Rohan cherchait les faveurs de Marie-Antoinette. Il va être victime d'une machination d'un groupe d'escrocs. Ceux-ci lui organisèrent un rendez-vous nocturne avec la reine, mais au soir le cardinal qui pensait avoir rencontré la reine avait en réalité rencontré un sosie. On le persuada par la suite que la reine désirait une rivière de diamants d'une valeur de 1 600 000 livres. Le cardinal fit l'intermédiaire et l'acheta aux joailliers. Les escrocs s'en emparèrent et vendirent les diamants. Au moment du paiement les joailliers se retournèrent contre la reine. Le scandale était désormais public et le peuple prit le parti de Rohan qui devint une victime des machinations de la reine.

Une société inégalitaire

En 1789, la France est constituée de 26 M d'habitants, mais les différentes classes sociales se partagent inégalement :

La bourgeoisie qui va prendre la tête de la Révolution peut compter sur les paysans affamés et sur le peuple des faubourgs.

La politique et l'administration royale

Louis XVI en habit de sacre

Les impôts

Les nobles ne paient que de faibles impôts mais sont dispensés de la taille. C'est le plus lourd impôt, il prélève près de 53% du revenu, mais ce taux peut s'aggraver en cette période de dette budgétaire. Les impôts indirects tels que la gabelle ou la dîme en faveur du clergé suffisent pour accabler les sujets du royaume. De surcroît, l'Église ne paît pas d'impôts, et de nombreux membres du clergé détournent l'argent des fidèles et du royaume pour leur bien personnel. La participation de la France à la guerre d'Amérique (2 milliards de livres) aggrave la dette du Trésor Public et le déficit s'amplifie.

Droit fiscal français

Le duc d'Orléans et les francs-maçons

La branche d'Orléans débute avec la naissance de Philippe, frère de Louis XIV. Sa famille est très influente dans le royaume. Son fils Philippe II d'Orléans est le Régent jusqu'à la majorité de Louis XV. Le duc d'Orléans, à l'époque de la Révolution, est très riche, et est partisan des idées nouvelles de son siècle. Il est le cousin de Louis XVI avec qui il ne cessera de s'opposer, aspirant à accéder à la Couronne. Député à la Montagne sous le nom de Philippe Égalité, il vote la mort du roi. Son fils Louis-Philippe sera roi des Français en 1830. Mais surtout, le duc d'Orléans est le grand maître de la franc-maçonnerie. Ce mouvement, très présent en Nouvelle Angleterre, a animé la Révolution américaine (Franklin et Washington en font partie). Cette école très célèbre cultive l'idéal de la fraternité et de la solidarité en pratiquant des rites symboliques. Les idées républicaines et la philosophie positiviste réanime cette tendance créée par des maçons constructeurs au VIIIe siècle. A la veille de la Révolution, ce mouvement est très répandu dans le milieu aristocratique où l'on s'emploie à aider les vieillards et à créer des hôpitaux. Mirabeau, La Fayette, Joseph Bonaparte et les maréchaux Ney et Macdonald sont des Français célèbres qui adopteront ses idées.

Le royaume en crise

Le siècle des Lumières prend fin et le peuple désire la fin de la monarchie absolue et de l'ordre féodal. Le Tiers État ne supporte plus les privilèges et les impôts lourds. Vingt-cinq millions de Français entretiennent par leur travail une petite minorité de privilégiés. L'inégalité de naissance, de condition sociale et l'inégalité devant l'impôt et la justice contribuent à renforcer le mécontentement du peuple. Les réformes mises en place par les différents ministres ont échouées. Turgot, Necker, Calonne puis Loménie de Brienne ont essayé de réduire les privilèges accordés à certains, mais se sont heurtés à la haute-bourgeoisie qui garde son influence sur le royaume. La crise s'amplifie et les deux assemblées de notables (constituées de membres des trois ordres) qui se sont réunies en 1787 et 1788 ont échouées. Les masses populaires se rassemblent, elles réclament l'ouverture des états généraux. Pour satisfaire les vœux publics Louis XVI cède et la convocation des États Généraux est programmée pour le début du mois de mai 1789 à Versailles.

La moisson du mois de juillet

Vers un grand changement

Les états généraux

Les assemblées des états sont, sous l'Ancien régime, des assemblées politiques qui se tiennent pour délibérer des questions d'intérêt public. Elles se composent des députés envoyés par les trois ordres. On distinguait les États Généraux, représentant tout le royaume plusieurs provinces (provinces de langue d'oïl ou d'oc), et les États Provinciaux, formés seulement par les délégués d'une seule province. Les États Généraux sont convoqués pour la première fois en 1302 par Philippe IV le Bel. Il s'appuie sur eux pour régler ses démêlés avec le pape. Les assemblées des états n'ont jamais été périodiques (contrairement au Parlement anglais). Elles se réunissent uniquement en période de crise. Le roi fixe le lieu et la date de l'assemblée et tient compte ou non des propositions exposées. Les États Généraux furent couramment réunis au cours de la guerre de Cent Ans (défaite de Crécy, captivité de Jean II le Bon...). Ils n'ont pas été convoqués depuis 1614, date où Richelieu affirme l'absolutisme royal.

Les intérêts de chacun

A l'annonce de la convocation des États Généraux, chaque ordre se prépare à défendre son point de vue face à la crise qui touche le pays.

La bourgeoisie constituera la majorité des députés révolutionnaires. Ils savent lire et écrire et s'accordent à penser que le royaume stagne. Ils espèrent gagner de l'importance dans le monde social parallèlement à leur influence politique.

Le tiers état supportant le poids des privilèges de la noblesse et du clergé

La volonté de changer le royaume

Peu après l'annonce de l'ouverture des états, Louis XVI annonce des élections régionales pour nommer les députés qui représenteront chaque ordre. Dans le même temps, le roi exprime son vœu de réformer l'état, d'établir l'égalité devant l'impôt et de rendre périodique la convocation des états. Le peuple manifeste son enthousiasme lorsque Louis XVI annonce que le nombre de députés du Tiers sera doublé pour une représentation plus équitable des trois ordres (le tiers représente environ 98% de la population). Cependant, pas un paysan ou artisan ne sera invité à la députation. Les députés du tiers sont banquiers, industriels ou propriétaires ruraux.

Les cahiers de doléances

« Sa Majesté désire que, jusque sur les terres les plus éloignées de son royaume, et dans les plus modestes habitations, soit donné à chacun le moyen de Lui faire parvenir ses vœux et recommandations. » A sa manière, Louis XVI commence, avec sagesse, à prendre le pouls du pays. Jusque dans les paroisses les plus isolées de France, on entreprend avec soin la rédaction de doléances et de recommandations pour le pays. Assemblées et résumées elles deviendront « les Cahiers de Doléances » que les députés de chaque région emportent avec eux à Versailles lors de la réunion des États. Dans ces 60 000 cahiers, on reste fidèle au roi mais on exige de limiter son pouvoir, on réclame l'égalité devant l'impôt, devant la justice et une nouvelle constitution garante des libertés individuelles. Chaque ordre propose des recommandations qui lui sont propres ; le clergé dénonce l'influence de Rome en France, la noblesse se plaint de l'absolutisme royal, et le Tiers État réclame le droit de chasse, la suppression de la dîme ou encore celle des droits féodaux. Tous se tiennent prêts et se préparent à intervenir lorsqu'en mai 1789, les états se réunissent.

Le pamphlet de Sieyès

L'abbé Sieyès est l'un des députés du Tiers État. Il assiste à tous les événements de la Révolution. Il rédige en partie la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen. Il joue un rôle important au Directoire. Sieyès favorise également le coup d'état de Napoléon en 1799. En 1789, il écrit ce pamphlet célèbre : - Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. - Qu'a-t-il été jusqu' à présent dans l'ordre politique ? Rien. - Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose.

Qu'est-ce que le Tiers-Etat ? [Abbé E.Siéyès] 1789

Qu'est-ce que le Tiers-Etat ? [Abbé E.Siéyès] 1789


Sources et liens

Lectures conseillées