Rocroi

19 mai 1643

En mai 1643, la France traverse un moment d’incertitude. Richelieu est mort quelques mois plus tôt et Louis XIII s’éteint le 14 mai, laissant la couronne au jeune Louis XIV. Alors que le royaume combat l’Espagne depuis 1635, une armée commandée par Francisco de Melo, gouverneur des Pays-Bas espagnols, assiège Rocroi, une place forte des Ardennes. Le duc d’Enghien, futur Grand Condé, marche à son secours. À vingt et un ans, il s’apprête à livrer la bataille qui fera sa renommée. Le 18 mai, les Français débouchent sur le plateau devant Rocroi et prennent position face à l’ennemi. Dans les deux armées, l’infanterie occupe le centre et la cavalerie se déploie sur les ailes. Les troupes de Melo comprennent des soldats de plusieurs origines, parmi lesquels les vétérans espagnols des tercios. Malgré les conseils de prudence, Enghien décide d’attaquer dès le lendemain, avant l’arrivée de renforts ennemis. À l’aube du 19 mai 1643, le combat s’engage. Sur la gauche française, la cavalerie est repoussée et la situation devient dangereuse. Mais sur la droite, Enghien, secondé par Jean de Gassion, met en fuite les cavaliers adverses. Au lieu de se laisser entraîner dans une longue poursuite, il exploite cette percée : par un vaste mouvement tournant, il passe derrière les lignes ennemies et prend à revers les troupes qui menaçaient son aile gauche. La manœuvre renverse le cours de la bataille.

La bataille de Rocroi
La bataille de Rocroi
Sauveur Le Conte, Les actions du Grand Condé, Rocroi 1643, 1686–1694 — Musée Condé, Chantilly. Une évocation de la victoire peinte plusieurs décennies après les événements.

Privés du soutien de leur cavalerie, les fantassins espagnols poursuivent la résistance. Leurs formations serrées, associant les piques aux armes à feu, repoussent plusieurs assauts. Le comte de Fontaine, qui commande l’infanterie, est tué. Enveloppés et soumis aux attaques françaises, les derniers groupes doivent finalement déposer les armes. Melo s’échappe, mais son armée laisse de nombreux morts, des milliers de prisonniers et son artillerie sur le terrain. Rocroi est dégagée. Le retentissement de la victoire est immense. Elle rassure la monarchie au début de la régence d’Anne d’Autriche, soutenue par Mazarin, et fait du jeune Enghien l’un des chefs militaires les plus célèbres d’Europe. Rocroi ébranle le prestige des tercios, sans entraîner leur disparition ni l’effondrement immédiat de la puissance espagnole. La guerre se poursuit jusqu’à la paix des Pyrénées, en 1659. La bataille reste néanmoins l’un des grands symboles de l’affirmation militaire française au XVIIe siècle.


Retrouvez le contexte dans l’article consacré à Louis XIII et Richelieu.