Les réformes religieuses du XVIe siècle

Introduction

Nous savons bien que, même dans le Saint Siège, on a pu voir depuis plusieurs années déjà des comportements indignes, des abus dans les affaires ecclésiastiques, des excès. Et cela n’a fait qu’empirer. Nous tous, prélats et ecclésiastiques, nous nous sommes éloignés de la bonne voie… C’est pour cela que tu dois promettre en notre nom aux chrétiens d’Allemagne en révolte que nous ferons tout pour que la curie romaine se réforme, s’améliore…

Les mots du pape Adrien VI, mêlées d’amertume et de noblesse, arrivaient cependant trop tard. Au moment même où il les écrivait, une dramatique et irréversible rupture s’était produite dans la chrétienté. Cette rupture fût un événement majeur et dramatique à la fois. Jusqu’alors et pendant douze siècles, l’histoire de l’Europe avait coïncidé avec celle de la chrétienté. Comment en était-on arrivé là ?

Les causes de la rupture religieuse

Un monde en pleine mutation

La fin du Moyen Âge et la Renaissance ont entraîné de grands bouleversements dans les sociétés européennes :

  • Sur le plan politique, on assiste au déclin de la féodalité et à la montée du nationalisme. En France, la centralisation du pouvoir royal qui a commencé sous Louis XI, s’est amplifiée au cours des règnes suivants notamment de François Ier. Plus tard, elle atteindra son apogée avec la monarchie absolue de Louis XIV.
  • Sur le plan culturel, l’invention de l’imprimerie a permis la transmission de nouvelles idées et connaissances non seulement parmi les érudits, mais aussi parmi les commerçants et les artisans. L’imprimerie est le vecteur qui va permettre l’échange des nouvelles idées.

Les excès de l’Eglise

Les hommes et femmes de la Renaissance étaient au moins aussi pieux que ceux du Moyen Âge. Seulement, leurs attentes sont maintenant différentes, ils recherchent un rapport plus direct avec Dieu. L’Eglise qui joue le rôle intermédiaire est extrêmement puissante. Elle s’est progressivement éloignée des attentes de ses fidèles. Le pape était devenu un souverain, un Chef d’Etat qui agissait comme les rois. En outre, la conduite de certains prélats était loin d’être exemplaire. On trouvait également des évêques et des abbés de monastères qui vivaient dans le luxe, oubliant les commandements qu’ils prêchaient eux-mêmes. De plus en plus de croyants reprochaient à ces ecclésiastiques de ne plus être dignes de la charge que Dieu leur avait confiée. Déjà, plusieurs humanistes comme Erasme avaient demandé à l’Eglise de se réformer, de se débarrasser des moines indignes et de ces prélats sans vocation.

Les Borgia

Les Borgia sont une famille italienne puissante qui a donné deux papes ainsi que d’autres personnages politiques importants. Touchés par une légende noire qui les accuse d’empoisonnements, de fratricides, et d’incestes, ils symbolisent toute la décadence de l’Eglise à la fin du Moyen Âge.

Lucrèce Borgia représentée par Bartolomeo Veneto
Lucrèce Borgia représentée par Bartolomeo Veneto

L’affaire des indulgences

Au début du XVIe siècle, la ville de Rome était en pleine mutation. Les papes initiaient d’importants travaux d’embellissement, des monuments grandioses sont érigés. Le plus important d’entre eux est la basilique Saint-Pierre. Tout l’argent nécessaire pour ces chantiers était alors prélevé auprès des fidèles. Le moyen le plus sûr pour cela consistait à vendre des « indulgences ». A la base, une indulgence est un droit du fidèle d’obtenir de Dieu la remise d’un certain nombre d’années de purgatoire, en échange d’actions méritoires accomplis au cours de son existence. En général, il fallait accomplir un acte particulier pour obtenir l’indulgence : participer à une croisade, un pèlerinage, etc. Mais l’avidité des ecclésiastiques avait permit l’introduction de l’usage d’achat direct de l’indulgence. On entraînait donc certains fidèles à débourser de l’argent pour obtenir le pardon de leurs péchés. Cette pratique déclencha un scandale chez beaucoup de chrétiens qui y voyaient une manifestation de corruption des mœurs de l’Eglise. L’affaire des indulgences est le point de départ du mouvement de la réforme protestante. Il pointe du doigt une notion centrale pour les protestants : le salut de l’âme.

La Basilique Saint-Pierre de Rome

Les causes profondes du décalage

La question des Indulgences et les dérives du clergé ne pouvaient à elles seules, avoir provoqué un mouvement de l’ampleur de la Réforme. Dans le Saint-Empire Germanique où le mouvement a commencé, des revendications politiques et théologiques se greffèrent aux questions religieuses.

  • Causes politiques :
    • Les princes allemands voient d’un mauvais œil la souveraineté éminente du pape. Ils contestent de plus en plus les impôts ecclésiastiques, notamment la dîme qui représente un dixième des revenus des sujets.
    • Le bas-clergé, dont la condition était misérable, s’offense de la richesse extrême des grands prélats allemands.
  • Causes théologiques : Avec l’invention de l’imprimerie (Gutenberg, 1450), la Bible est désormais imprimée et traduite dans la langue des peuples. Les premiers protestants remarquent alors les dérives des traditions catholiques autour de l’adoration de la Vierge Marie et des saints. Ces derniers évaluent le décalage entre les Ecritures Saintes et le pouvoir pontifical, ils souhaitent revenir aux fondamentaux de la Bible.

Martin Luther, initiateur de la Réforme

Les 95 thèses de Wittenberg

Martin Luther, fils d’un artisan mineur, était un moine allemand de l’ordre des augustins, un milieu fortement travaillé par les préoccupations religieuses. Indigné par la dérive commerciale de l’Eglise avec l’affaire des Indulgences, il apposa, la veille de la Toussaint, en 1517, sur la porte de l’église du château de Wittenberg (Saxe), 95 thèses ou arguments à discuter. Outre la condamnation de la vente d’indulgences, Martin Luther souhaitait également discuter des questions théologiques profondes :

  • Salut de l’âme : C’est une question qui préoccupait personnellement Luther. Il pensait que le salut de l’âme était un don de Dieu, obtenu uniquement par la foi authentique du fidèle envers Jésus Christ.
  • Foi directe : Luther soutenait que Dieu, dans la Bible, s’adresse à chaque homme. L’interprétation libre et personnelle de la Bible (le libre examen) devient l’un des pivots de la doctrine protestante. Cette thèse rejetait l’autorité de l’Eglise qui se définissait comme l’unique interprète de la foi divine. D’après Luther, chaque croyant était une sorte de prêtre, c’est l’idée du « sacerdoce universel ». La papauté et la hiérarchie de l’Eglise étaient une création humaine et non divine.
Marthin Luther
Martin Luther, par Lucas Cranach l'Ancien (1529)
Martin Luther, par Lucas Cranach l'Ancien (1529)

La rupture avec les pouvoirs

  • La rupture avec Rome : Luther ne s’arrêta pas là, il publia « les grands écrits réformateurs », quatre ouvrages qui précisent sa pensée ainsi que le « Manifeste à la noblesse allemande ». Très vite, Luther devient l’auteur le plus lu jusque vers 1550. Ses adversaires, fidèles au pape, mettaient tous ses livres au bûcher, Luther réagit avec la même violence en brûlant publiquement la bulle du pape qui le condamnait. Il signifiait ainsi sa rupture avec l’Eglise catholique, « la rouge prostituée de Babylone » comme il la désignait. Sans surprise, il fut alors excommunié par le pape Léon X le 3 janvier 1521.
  • La rupture avec l’Empire : Martin Luther dut maintenant faire face à l’empereur Charles Quint. L’empereur convoqua la diète de Worms en 1521 (assemblée générale de princes allemands). Luther se présenta face à l’assemblée de Worms et maintint ses positions. Il fut alors mis au ban de l’empire, cela signifie que n’importe qui pouvait maintenant le mettre à mort impunément. Mais, parmi l’assemblée, Luther ne laissa pas insensible une partie de la noblesse allemande qui nourrissait également des rancunes envers le pape et le haut clergé. Ces derniers virent également l’occasion de se saisir des biens de certains princes-évêques. Luther trouva parmi ces princes allemands un appui et une protection. Ces derniers envoyèrent une protestation à l’empereur sur sa décision. De là naquit l’appellation de « protestants ». Au château de Wartburg où il avait trouvé refuge, Luther entreprit de traduire la Bible en allemand, c’est un impact culturel de premier plan, il s’agit de la base de l’allemand moderne. La Réforme se répand parmi les principautés allemandes, divisant l’empire de Charles Quint, déjà occupé par ses guerres contre la France. Luther et ses amis posent les bases de la nouvelle religion, de nombreux ouvrages de théologies voient le jour, notamment « La Confession d’Augsbourg » du réformateur Mélanchthon.
Principales différences entre catholiques et protestants

Les cinq piliers du protestantisme s’expriment par cinq formules en latin, les solae. Ils commencent tous par l’adjectif solus (seul) et symbolisent les principales différences avec la foi catholique :

  • **Sola scriptura : ** La Bible est l’autorité suprême en matière de doctrine. Les protestants reviennent aux fondamentaux de la Bible et rejettent les traditions catholiques.
  • **Sola fide : ** Le salut n’est pas donné par les sacrements ou la religion mais par la foi seule. Rejet des sept sacrements catholiques : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la pénitence, l’onction des malades, les Saints Ordres, et le mariage. Les protestants ne reconnaissent que trois sacrements : le baptême, le mariage et l’eucharistie (différent des catholiques car il n’y a pas de cérémonial autour de l’Ostie).
  • **Sola gratia : ** Le salut s’obtient par la grâce divine, il n’est pas le résultat des efforts ou mérites. Ce précepte rejette notamment le commerce des Indulgences.
  • **Solus Christus : ** Jésus-Christ est le seul médiateur entre Dieu et nous. Rejet de l’autorité papale et de l’Eglise.
  • **Soli Deo gloria : ** Dieu est le seul qu’il faut adorer et prier. Les protestants rejettent les cultes catholiques autour de la Vierge Marie et des Saints (absents de la Bible).

Les autres réformes

Les anabaptistes et la révolte des paysans

En Allemagne, certains réformateurs allaient encore plus loin que Luther. L’un d’entre eux, Thomas Münzer, prônait un second baptême pour les adultes et une redistribution des richesses aux pauvres. Les anabaptistes, comme on les appelle, sont les précurseurs des anarchistes, et rejettent la hiérarchie sociale. Les paysans d’Alsace et du sud de l’Allemagne, s’enthousiasmèrent et se soulevèrent en attaquant les châteaux et les monastères. Mais Luther se rangea du côté des seigneurs, et condamna fermement ces révoltes. Il prétextait que la Bible ne devait pas servir à remettre en cause l’ordre politico-social. Il encourage alors la répression des paysans, qui sont battus en 1525, par les armées des princes. Les révoltés sont exterminés par milliers. Un autre foyer anabaptiste vit le jour en Westphalie, en 1532, il fut pareillement écrasé dans le sang. Cette affaire provoqua l’abandon du soutien des seigneurs du sud à la réforme luthérienne qui est assimilée à l’anarchie.

La chasse aux sorcières

Bien que premiers acteurs du changement de leur époque, Luther et Calvin ne sont pas exempts des préjugés de leurs semblables, aussi, tous deux s’exprimèrent sévèrement contre les Juifs et les Turcs. Sur la chasse aux sorcières qui se popularisa de 1560 à 1650, Luther s’exprima en ces termes : “Vous ne devez pas avoir de pitié pour les sorcières, quant à moi je les brûlerais”.

Gravure sur bois montrant des sorciers supliciés, Tengler's Laienspiegel, Mainz, 1508.
Gravure sur bois montrant des sorciers supliciés, Tengler's Laienspiegel, Mainz, 1508.

La seconde Réforme, le calvinisme

Dans les pays latins et notamment en France et en Espagne, une partie du clergé catholique, influencé par le courant humaniste, entreprit de réformer l’Eglise avant même que le pape en donne l’ordre. Une partie de ces fidèles subirent une réaction forte et les hérétiques furent emprisonnés, et parfois condamnés au bûcher. En France, François Ier et Henri II, appuyèrent ces mouvements de répression. Dès 1534, une partie des protestants français quittèrent le pays pour échapper aux persécutions, la majorité émigra en Suisse. Parmi eux se trouvait Jean Calvin. La Réforme connut un grand succès en Suisse, notamment à Zurich, où prêchait le théologien Zwingli, qui effectuait une démarche indépendante de Luther bien que similaire. En Suisse romande, le conseil de la ville de Genève ratifia son adhésion au nouveau culte en 1536. Jean Calvin qui s’y installa en 1541, avait exposé ses idées dans son ouvrage « Institution de la religion chrétienne ». Il aboutissait à une conclusion plus radicale que celle de Luther. En effet, Calvin pensait que les âmes étaient prédestinées par Dieu au salut ou à la damnation éternelle. C’est la doctrine du salut : « Nous existons pour Dieu et non pour nous-mêmes. C’est pourquoi nous devons avant tout travailler pour l’honneur de Dieu ». Ces idées furent reprises par le conseil de la ville de Genève (Consistoire), constitué aussi bien de pasteurs et laïcs. Le calvinisme se répandit rapidement grâce aux missionnaires genevois. Il connut beaucoup de succès en Suisse, en France où il se répandit à Lyon, dans le Sud et dans l’Ouest, en Ecosse (où il devient le presbytérianisme), aux Pays-Bas, en Bohème et en Hongrie.

Jean Calvin
Portrait de Jean Calvin
Portrait de Jean Calvin

La Réforme anglicane

Célèbre pour ses frasques amoureuses, Henri VIII Tudor d’Angleterre demanda au pape Clément VIII la dissolution de son mariage avec Catherine d’Aragon (il envisageait de nouvelles noces avec Anne Boleyn). Le roi essuya un refus du pape. Le souverain nomma alors un de ses amis archevêque de Canterbury et obtint ainsi ce qu’il désirait. Un an plus tard, le roi promulgua ce que l’on a appelé l‘“Acte de Suprématie” qui fut approuvé par le Parlement (1534) : c’était le début de la Réforme en Angleterre. Henri VIII se proclame alors « Chef Suprême de l’Église et du Clergé d’Angleterre » et rompt toute relation diplomatique avec Rome. En réalité, il s’agissait d’un schisme (ou séparation) plutôt que d’une véritable réforme. En effet, l’Eglise nationale d’Angleterre, ou Eglise anglicane, reconnaissait son souverain comme chef, tandis que le pape gardait son titre d’évêque de Rome. Les dogmes et les rites de cette Eglise nationale différaient très peu de ceux des catholiques. Cette séparation était motivée par les trois facteurs suivants :

  • Politique : S’affranchir de la tutelle romaine
  • Economique : Récupérer les biens de l’Eglise pour le trésor royal
  • Satisfaire les caprices d’un roi fantasque (Henri VIII eut six épouses, dont deux qu’il fit décapiter).
Henri VIII d'Angleterre
Henri VIII - par Hans Holbein 1536-1537 (Musée Thyssen-Bornemisza)
Henri VIII - par Hans Holbein 1536-1537 (Musée Thyssen-Bornemisza)

La réaction des catholiques : la Contre-Réforme

Pour répondre à l’expansion du protestantisme, l’Eglise catholique initia sa propre Réforme. On appela ce mouvement sous le nom de Contre-Réforme, afin de marquer l’opposition à la Réforme protestante. L’événement moteur du redressement de l’Eglise fut le Concile de Trente (ville de l’Italie du nord), qui se tint entre 1545 et 1563. Cette réforme catholique permit de regagner des positions perdues en Italie, Espagne, Pays-Bas, ainsi qu’en France où les guerres de religion jouèrent un rôle déterminant tout le long du XVIe siècle. A l’issue de celui-ci, le visage de l’Eglise s’en trouva réellement bouleversé :

  • Condamnation du protestantisme : Toutes les doctrines protestantes furent condamnées. Les dogmes, c’est-à-dire les vérités essentielles de la foi catholique, furent précisés et résumés dans le Credo.
  • Durcissement disciplinaire : L’Eglise prit également un certain nombre de mesures disciplinaires contre les excès de ses prélats. Le cumul au bénéfice fut supprimé et les évêques étaient désormais imposés à rester dans leur évêché.
  • Formation et prêche : Des séminaires furent créés afin d’assurer la formation des prêtres. Le concile émis un certain nombre d’ouvrages à destination des fidèles comme le catéchisme et le missel. Enfin, de nouveaux ordres religieux virent le jour afin de combattre, par la prédication et l’exemple, les doctrines protestantes.
  • Les Frères mineurs capucins, issus de l’ordre des Franciscains, qui souhaitent un retour aux sources de Saint-François d’Assise en faisant vœu de pauvreté. L’ordre qui a été aboli sous la Révolution puis réhabilité, est celui dont est issu l’Abbée Pierre.
  • La Compagnie de Jésus (ou ordre des jésuites) créé par l’Espagnol Ignace de Loyola, se caractérise par une obéissance stricte au pape et un certain zèle apostolique. Les jésuites furent de grands missionnaires, prêchant dans tous les continents, notamment au Congo, au Brésil et même en Chine. La Compagnie s’engagea également dans l’enseignement en ouvrant plusieurs collèges.
Galilée, victime de la Contre-Réforme ?

Galilée est un savant italien qui a notamment perfectionné la lunette astronomique. Il s’illustra notamment dans sa défense du modèle héliocentrique de Copernic (Soleil au centre de l’Univers). Ces idées qui étaient condamnées avec force par l’Eglise catholique romaine lui valurent un emprisonnement à vie en plus d’une abjuration public de ses propos. A l’époque, certaines personnes comme le Français Descartes considéraient que Galilée était victime d’un complot des jésuites, qui se vengeait de l’affront qu’avait subi l’un des leurs dans un ouvrage précédent de Galilée.

Galileo Galilei, par Domenico Robusti (1605)
Galileo Galilei, par Domenico Robusti (1605)

Les guerres entre catholiques et protestants

Les guerres de religion en France

Dès le début de son règne, François Ier avait conclu avec le pape Léon X le Concordat de Bologne, signé en 1516. Celui-ci accordait un pouvoir absolu du roi de France sur le clergé (nomination des évêques, archevêques et cardinaux). Dès lors, le roi n’avait aucun intérêt à favoriser un changement de religion dans le royaume, malgré les efforts de sa sœur protestante Marguerite d’Angoulême (reine de Navarre et mère de Jeanne d’Albret). Le roi, d’abord tolérant, s’irrita après « l’Affaire des Placards » en 1534 : des affiches anticléricales étaient alors placardées dans les rues de Paris, l’une d’elle atteignit même la chambre de François Ier au château d’Amboise. Dès lors, les protestants commencèrent à être persécutés et les bûchers s’allumèrent. Le roi Henri II réprima la Réforme encore davantage que son père, à mesure que celle-ci se répandait. Ainsi, les huguenots n’avaient pour choix que l’abjuration ou la fuite. Mais les persécutions n’eurent qu’un effet contraire et les protestants étaient particulièrement nombreux dans certaines régions françaises : près de Meaux, en Normandie, à Lyon proche de Genève, dans le Sud-ouest influencé par le royaume de Navarre et enfin à La Rochelle où étaient présents de nombreux marchands. La politique de conciliation de Catherine de Médicis et de Michel de l’Hospital vexa les ultra-catholiques du duc François de Guise qui mirent le feu aux poudres en massacrant des protestants à Wassy (1562). Dès lors, le conflit se politisa sous l’influence des nobles protestants, notamment les « princes de sang » Condé et Navarre et les protestants parvinrent à remporter quelques succès. Une Ligue ultra-catholique se forma autour du duc Henri de Guise. Celle-ci très puissante avait permis de chasser le roi Henri III de Paris (journée des barricades, 1588). Mais le duc de Guise puis le roi Henri III furent tour à tour assassinés, et le trône revenait alors au prince Henri de Navarre (Henri IV). Celui-ci qui avait changé plusieurs fois de religion, se décida pour le catholicisme (« Paris vaut bien une messe ») afin de se faire sacrer à Chartres. Il pacifia le royaume avec l’édit de Nantes (1598) qui autorisait le culte protestant. Mais les conflits religieux continuèrent au cours des règnes suivants. Ainsi, Richelieu assiégea La Rochelle (1627-1628), bastion protestant soutenu par l’Angleterre, avant que Louis XIV ne révoque l’édit de Nantes de son grand-père (1685).

Liste des principales confessions chrétiennes
  • Catholicisme romain
  • Orthodoxie (suite au schisme Orient/Occident de 1054)
  • Protestantisme
  • Luthéranisme
  • Calvinisme
  • Anglicanisme

—> Schéma intéressant sur ce site

Des actes de cruauté

Les conflits de religion du XVIe siècle plongent la France dans une situation de guerre civile extrêmement violente. Si les protestants sont les principales victimes des vagues de massacres, il y a eu quelques mouvements contre des catholiques. Le plus connu est « la Michelade de Nîmes » qui se déroula le 29 septembre 1567 (jour de la Saint-Michel) où près d’une centaine de moines et clercs furent massacrés. Mais ceci n’est rien comparé au massacre de la Saint Barthélemy, qui s’effectua dans une horreur absolue. Ainsi, l’amiral de Coligny qui est alité dans la nuit du 23 au 24 août 1572, est brusquement transpercé par des coups de dague et de pistolet. Son corps sans vie est ensuite défénestré, avant que la foule de Paris s’en empare pour le décapiter et l’émasculer puis le jeter dans la Seine. Il y reste quelques jours avant d’être exposé nu au gibet de Montfaucon. Encouragés, les villes de Province déclenchèrent leurs propres massacres au cours de l’année 1572. Au final, on dénombra un total d’environ 10 000 morts dans toute la France. Les persécutions de protestants continuèrent au XVIIe et XVIIIe siècle, ainsi sous Louis XIV, on vit l’apparition de « dragonnades », expéditions punitives des dragons (nom d’un corps d’armée) organisés par le ministre Louvois. Par la suite, au cours de la révolte des Camisards (paysans protestants des Cévennes), la répression des armées du roi se distingua par l’extermination de villages entiers.

Le gibet de Montfaucon

Le gibet de Montfaucon est une grande bâtisse en pierre destinée à exposer les cadavres des condamnés à mort dans un but de dissuasion. Il fut construit sans doute à la demande d’Enguerrand de Marigny qui devait lui-même y finir pendu et décomposé pendant deux ans. Surnommé « Fourches de la grande justice », le gibet était érigé à quelques mètres de l’actuelle place du Colonel-Fabien, à Paris. Il pouvait contenir jusqu’à cinquante dépouilles.

Gravure de l'exécution d'Enguerrand de Marigny en 1315.
Gravure de l'exécution d'Enguerrand de Marigny en 1315.

Les conséquences politiques en Europe

La situation géopolitique en Europe fut grandement influencée par les conflits religieux des différentes nations. L’Espagne catholique qui était la puissance dominante au XVIe siècle avec son immense empire colonial (siècle d’or espagnol) perdit son hégémonie face à deux nations protestantes :

  • La révolte des Pays-Bas (Guerre de Quatre-Vingts Ans) qui aboutit à la création des Provinces-Unies et l’avènement de Guillaume d’Orange. Par le développement de son commerce, cette jeune république connut elle aussi son siècle d’or (1584-1702).
  • L’Angleterre d’Elisabeth Ière qui écrasa l’Invincible Armada de Philippe II (1588) annonçant ainsi le début de la domination maritime de la Navy. En Allemagne, les Habsbourg durent faire face à l’expansion du protestantisme chez les princes allemands du nord. De longs conflits affaiblirent le Saint-Empire, en 1555, la paix d’Augsbourg consacre le clivage religieux du pays. Plus pragmatique, la France, qui est restée catholique, continue sa lutte contre les Habsbourg d’Espagne et d’Allemagne, pourtant des coreligionnaires. Au XVIIe siècle, l’Europe entière se déchire au cours de la guerre de Trente Ans. Le conflit s’achève avec le traité de Westphalie (1648) qui reconnaît les trois confessions, catholique, luthérienne et calviniste dans le Saint-Empire et qui remodèle les frontières de l’Europe pour de longues années.
Carte de l’Europe à la fin du XVIe siècle

Sources et liens